Alone – Science-Fiction – Chapitre 1

Des plantes, les souvenirs de John et l’espace

Mars 2113


Comme une goutte d’eau dans la mer, le vaisseau du Commandant John MALONGOCHA n’était qu’une poussière dans l’univers.

La vue de la terre, diffusée sur le pan de mur de la salle agricole, lui rappelait les soirées passées dans son jardin, les dimanches d’hiver à faire des bonhommes et les batailles de boules de neiges de sa jeunesse.

L’étude qu’il menait sur les capacités de vie hors de la terre lui donnait un peu la sensation d’y être, en étant toutefois à des millions de kilomètres de là.

Ses seuls compagnons étaient « ? » la voix robotisée de l’ordinateur du vaisseau, et Kaï son petit « singe » domestique.

La salle agricole où John passait la majeure partie de son temps, était la plus spacieuse du vaisseau.

Elle regroupait un immense jardin de plantes sauvages, de fleurs, mais également de fruits et légumes. Tout était prévu pour que les analyses puissent se faire au mieux.

Terre, terreau, engrais, graines et germes étaient stockées dans d’immenses vitrines, toutes étiquetées en fonction de l’espèce et du stade de pousse.

La forme cylindrique de la pièce et la paroi lumineuse au plafond donnaient l’impression d’être dans une serre sur terre. Mais l’ensemble des instruments d’analyse et le plan de travail démesuré rappelait à John qu’il était bien dans un laboratoire.

Assis à son bureau, le dos légèrement courbé, il était penché sur un ensemble de feuilles. Classées selon leur date de pousse, il étudiait leur évolution depuis son départ de la terre.

Le spécimen qu’il analysait, accaparait une bonne parti de son attention et de son temps et ce, depuis l’époque de l’université. Les yeux plissés, les mains prises par deux pinces, il les tournait et retournaient sous le microscope pour être sur de ne pas passer à côté de quoi que ce soit.

Déjà enfant, John se passionnait pour la nature. Dès le printemps, ses parents passaient le plus clair de leur temps dans le jardin. Son père à s’occuper du potager, et sa mère à tailler les rosiers et prendre soin des nombreux massifs de fleurs entourant leur maison.

John qui n’avait que 10 ans à l’époque, ne cessait de poser des questions à ses parents sur la meilleure façon de faire pousser des plantes, constatant que chacune avait sa période pour évoluer au mieux. Il était rare, dans les années 2090 de voir encore des gens prendre le temps de s’occuper d’un jardin.

Seules quelques familles ne se laissaient pas envahir l’esprit par la télévision, qui depuis la fin des années 2000 occupait un pan de mur complet. Les parents de John la considéraient plus comme un papier peint dynamique que comme un outil de communication.

De ce fait, très peu de temps était consacré à cet objet, sinon pour regarder des reportages sur la nature.

Les images qui étaient diffusées chez eux contrastaient vraiment avec la technologie déployée. Les parents de John ne regardaient que des reportages de la fin des années 1990. Ceux diffusés actuellement, et bien qu’il soient distribués hors programmation télévisuelle, comportaient un nombre invraisemblable de publicité pour des herbicides chimique, voire, des réclames pour des produits sans aucun rapport comme des rasoir manuels ou de la viande prétendument issue de vrais animaux.

C’est pour cette raison qu’un vieux lecteur blu-ray résistait au temps et diffusait des images d’une qualité médiocre, mais dont la vision restait acceptable.

John, passionné par ce qu’il voyait ne cessait de poser des questions à ses parents.

Entre deux questions sur l’origine des plantes, ou sur l’utilité de telle ou telle espèce, John s’amusait avec Kelb, son chien. Kelb était un boxer qu’il avait eu pour son neuvième anniversaire.

John qui à l’époque ne ratait aucun épisode de la rediffusion de la série Colombo, avait voulu appeler son chien : « le chien », tout comme celui de l’inspecteur. Sa mère, d’origine maghrébine lui avait soumis le nom de Kelb, lui expliquant que la signification était la même, mais que cela sonnait mieux pour le nom d’un chien.

Apres réflexion, John était d’accord pour l’appeler comme ça, expliquant à qui voulait l’entendre la signification de son nom.
Kelb et John étaient inséparables. Seuls les moments où il était à l’école les séparaient. Kelb semblait être le protecteur de John, attendant au pied de son lit qu’il s’endorme pour l’imiter, et surveillant son réveil pour, d’un coup de truffe, lui signaler sa présence.

John adorait promener son chien dans le petit bois du village, combinant le plaisir d’être avec lui et celui de découvrir la nature. Comme pour imiter son chien, il prenait le temps de sentir les différentes plantes, de les toucher et n’hésitait pas à les prendre en photo, pour faire le soir des recherches sur internet et découvrir les végétaux qu’il ne connaissait pas encore.

Il poussait même l’exercice à prendre en photo les différentes feuilles à plusieurs stades, que ce soit de dégradation, ou même de leur séchage, pour celles qu’ils gardaient dans ses différents herbiers.

Il s’était constitué, au fur et à mesure du temps, une base d’information énorme en ce qui concerne les plantes de sa région. Feuille, écorce, fleur, durée de vie, tout était répertorié. Egalement, et par souci de place, il pratiquait l’art du bonsaï. Cela lui permettait d’étudier les arbres, tout en gagnant une place considérable.

Chaque espèce croisée dans la nature, voyait son modèle exister en petite taille dans le jardin de ses parents.

Bien que ces derniers aimaient beaucoup la culture et la nature, John s’était approprié un coin de jardin et n’autorisais personne à s’occuper des arbres à sa place. Il passait des heures, des nuits entières à se cultiver à ce sujet. Livres, sites internet, magazines japonais, toutes les informations étaient pour lui bonnes à prendre.

Il en découlait sinon une expertise, un soin très particulier dans la manipulation des plantes et de leur environnement.

A l’époque du lycée, John faisait l’admiration de ses professeurs de science, n’hésitant pas à amener des échantillons avec lui dans le but de les étudier après les cours. Il n’était pas rare de voir un professeur lui annoncer qu’il devait fermer la salle alors que John, les yeux collés sur le microscope étudiait en profondeur l’évolution des végétaux.

– M. MALONGOCHA !

– Professeur MARTINEZ ?

– Sans parler du fait de fermer la salle, le proviseur va devoir fermer les portes de l’établissement.

– Il n’a qu’à me laisser les clefs, je fermerais en partant !!

– Nous savons, vous et moi, que cela est impossible.

– Rien n’est impossible professeur, regardez !

John levant les yeux du microscope, invita le professeur à observer le sujet de ses propres
yeux.

– Qu’est-ce que c’est ?

– Un spécimen de plante que je mets au point. Je souhaiterais en faire mon sujet d’étude. Le but étant de trouver le compromis idéal entre les besoins de la plante et sa capacité à rejeter de l’oxygène. Je l’ai appelé Muse !

– Ça va vous prendre un temps fou !

– C’est pour ça que j’utilise le matériel du lycée Professeur, je n’ai pas les moyens d’avoir cela chez moi.

Effectivement, l’étude menée sur plusieurs types d’arbres, dont des boutures ont été effectuée sur différentes tiges de plantes, montraient que le développement de ces derniers, outre le fait d’être plus rapide, ne nécessitait que peu de ressources.

John avait poussé l’expérience jusqu’à enfermer des plantes dans des bocaux lui permettant d’étudier les réactions de celle-ci dans différentes atmosphères. L’un saturé de dioxyde de carbone, un autre très sec et beaucoup d’autres encore avec tous types de gaz atmosphériques.

Toutes les conditions imaginables ou presque était représentées. Les plantes de John encombraient maintenant vraiment la remise du jardin de ses parents, sans compter le garage qui était devenu son laboratoire personnel.

– M. MALONGOCHA, s’il ne tient qu’a la disponibilité d’un microscope, je prends sur
moi de vous laisser l’emporter.

-Merci Professeur, mais je ne suis pas sûr de le ramener demain. Ça pourrait même être un oubli volontaire pour en profiter plus longtemps !!

– Entre nous, je ne pense pas qu’il manque à quelque étudiant que ce soit ici, et le matériel étant sous ma responsabilité, je vous le prête avec grand plaisir. Je sais que vous en ferez bon usage.

De retour chez lui, John installa le microscope du professeur dans le garage, avec la plus grande précaution. Il prépara des dizaines de spécimens à analyser laissant paraitre une nuit très longue.


Lorsque son téléphone sonna la première fois, John n’y prêta même pas attention. C’est seulement au troisième appel, de la même personne, que John daigna décrocher.

Sofiane

– John !!!!! Bordel, qu’est-ce que tu fous encore

– J’ai des activités intéressantes.

– Regarder des plantes et planter des graines ???

– Par exemple.

– Tu oublies ta jeunesse ? ça fait des semaines qu’on ne t’a pas vu en dehors de chez toi

– On s’est vu au lycée encore cet après-midi !!

– Tu te fous de moi, je parle de se voir, comme des potes, dans un bar, trainer en ville, draguer les nanas, des vrais mecs quoi !!!!

– Je travaille…

– Sur des arbres !!! Quitte à t’intéresser aux plantes, aidez-moi dans mon business !!!

– C’est de la merde ton business “So”, tes plantes ont des qualités exceptionnelles, et toi, tout ce que tu fais, c’est les fumer. Faut vraiment être un crétin.

– Peut-être, mais je suis un crétin qui s’éclate. Si jamais tu changes d’avis, je serais au
mitsva.

– Le bar mitzva ?

– On se rejoint là-bas, j’aurais une grande blonde au bras à laquelle j’offrirais du champagne autant qu’elle le voudra.

– Donc tu seras au comptoir entrain de négocier avec Gérard le fait de régler ton ardoise le mois prochain.

– Connard…

-Moi aussi je t’aime bien. A tout’

John était conscient de délaisser sa vie d’adolescent au profit de ses études. Il se voyait déjà dans le futur, passer son temps dans un immense jardin botanique, orné de fleur et d’arbres, où tout type de plante était présent.

Se remémorant son passé, John ne put s’empêcher d’avoir un regard panoramique sur son laboratoire. Cela lui rappelait le garage de ses parents, et son jardin de l’époque. Même si celui-ci n’était pas sur terre, il ressemblait fortement à ce qu’il s’imaginait avoir quand il était étudiant.

Beaucoup de verdure, et l’avantage de pouvoir mettre de la musique, luxe qui ne lui était pas garanti dans un jardin. De plus, certaines études du 20eme siècle avaient prouvé que la musique, sans être émise à un volume trop élevé, faisait du bien aux plantes. John n’hésitait donc pas à laisser diffuser de la musique classique en quasi permanence, lorsqu’il n’était pas présent dans le labo.

-Vous aimez la musique M MALONGOCHA ?

– Bien sur professeur.

– En écoutez-vous lorsque vous travaillez ?

– Non, mais énormément à côté. Pourquoi cette question ?

– C’est un excellent stimulant, vous devriez essayer.

John pensa alors à différents groupes de rock des années 1990. La culture de la musique s’était développée chez les MALONGOCHA à travers les générations. Son père possédait une collection d’album à faire pâlir le plus téméraire des collectionneurs.

De sa propre analyse, John ne trouvait pas d’égal à la musique du 20eme siècle. Mais tout de même, il s’imaginait mal se concentrer sur « CHOP SUEY » de System of a Down ou bien « Left Behind » de Slipknot, sauf si évidemment, il avait été Boucher et qu’on lui demandait de découper un bœuf entier.

Peut-être quelque chose de plus soft, comme Radiohead, ou Muse, mais considérant la musique comme culture de détente, il s’imaginait mal travailler tout en en écoutant.

– Du classique ?

– Vous m’insultez professeur !!

– Vous n’aimez pas ?

– Rien que de m’imaginer un Mozart en robe avec une perruque à bouclettes me fait mal au cœur.

– Alors essayez Beethoven. Je vous conseille « Sonate au clair de Lune » ca n’est pas la plus gai, mais question émotions, on a rarement fait mieux depuis. C’est un de mes morceaux de piano préféré.

– Mouais, je suis plutôt guitare.

– Il y a Vivaldi sinon, c’est du violon, ça reste dans les cordes. Même si c’est plus vieux que Beethoven, on a du mal à se dire en entendant les morceaux de son œuvre sur les 4 saisons que cette musique a presque 600 ans.

Ce soir-là, John, en rentrant chez lui ressorti la très vieille platine vinyle de son arrière grand père, voire peut être, du grand père de celui-ci. Fouillant dans les cartons stockés à proximité, il sortit un disque de la 40eme symphonie de Mozart.

Malgré ses préjugés sur les auteurs de musique classique, il prit le disque dans la pochette. Après l’avoir légèrement
essuyé et posé sur le tourne-disque, il mit en marche le système qui commença à répandre un son chaleureux dans l’ensemble de son atelier. Les notes, légèrement craquelée par l’état du disque, l’apaisèrent immédiatement.

Alors qu’il s’apprêtait avant d’avoir sorti le disque, à travailler, il se surprit à s’étendre sur le vieux canapé, pris par l’émotion dégagée.


Fin du chapitre 1


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